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Conjuguer volontarisme politique et efficacité économique - Rencontre avec Pedro Paez Perez, superintendant en Equateur

par Martin Besnier - le 27 mars 2017
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Comment accroître la place de l’économie sociale et solidaire dans l’économie ? L’expérience menée depuis plusieurs années en Equateur, avec une démarche volontariste d’introduction des produits de l’économie solidaire et populaire dans les supermarchés, s’appuyant sur une forte volonté politique et une large mobilisation citoyenne, est sans doute unique. Le RTES a pu rencontrer Pedro Paez, superintendant à l’Autorité de Contrôle du Pouvoir du Marché de passage à Paris courant mars.

En 3 ans, une politique volontariste en matière de soutien à l’économie populaire et solidaire a permis de passer d’une absence de produits dans les supermarchés à 25 % des parts de marché. Tout cela a commencé par la création de l’autorité de Contrôle du Pouvoir du Marché (équivalent de l’Autorité à la concurrence française), à la suite de l’arrivée au pouvoir du président Raphael Correa en Equateur. L’objectif de l’institution est clair : 
- assurer une veille sur la régulation du marché pour prévenir les abus des opérateurs économiques nationaux et étrangers qui induisent un préjudice sur les droits du consommateur,
- promouvoir le commerce équitable et le bien-être du consommateur.

En septembre 2012, Pedro Paez a pris la tête de l’institution après l’adoption de la loi y afférant en octobre 2011. Son objectif est d’organiser un changement des relations de pouvoir au sein des marchés, de transformer la culture de la citoyenneté en général, via le prisme de la consommation, et d’établir et développer un système économique social, solidaire et durable.

Le succès de la démarche menée avec les supermarchés repose sur un travail mené à plusieurs niveaux, avec une mobilisation des producteurs, des consommateurs, des universités et des agents de l’Etat, expérimentant de nouvelles articulations entre l’Etat et le marché. 2500 ateliers ont été organisés dans tout le pays, avec des séminaires locaux, nationaux et internationaux, des visioconférences,...

Une des conditions de réussite est la capacité de l’économie solidaire et populaire à proposer des produits pouvant être vendus en supermarchés. Plus de 280 assemblées productives ont été déployées, qui ont identifié les obstacles rencontrés, et recherché des solutions en mobilisant les fonctionnaires de l’Etat, les agences sanitaires et l’Université (plus de 16000 étudiants ont obtenu une bourse pour accompagner ces processus). Ces assemblées productives ont soutenu le travail de formalisation des activités, de respect progressif des normes sanitaires et règlementaires.

En parallèle, la superintendance a aidé au déploiement de comités d’usagers (8000 aujourd’hui), pour suivre les pratiques des supermarchés. Sessions de formation, jeux vidéos, télénovela interactive suivie par 500 000 personnes, bandes dessinées,… sont utilisés pour sensibiliser les usagers et développer ces comités. Les comités utilisent les réseaux sociaux, les téléphones mobiles pour alerter sur les abus des supermarchés (par exemple le retrait volontaire de produits des rayons pour faire monter les prix, ou l’envoi de produits périmés dans les quartiers populaires ou en zones rurales).

Les résultats sont au rendez-vous, et on peut évaluer à plus d’un milliard de dollars le montant injecté dans l’économie populaire par l’action des supermarchés (767,5 millions de dollars de chiffre d’affaire en 13 mois pour 4062 producteurs locaux). D’autres axes sont développés, s’appuyant toujours sur l’idée de diversification des opérateurs, et sur l’élaboration de manuels de bonnes pratiques commerciales. Concernant les marchés publics, le travail est plus difficile, notamment selon Pedro Paez du fait de la position de l’Union Européenne. Le montant des achats publics pour l’économie populaire représente par exemple moins de 120 millions de dollars. L’Equateur est particulièrement intéressé par des échanges sur ces questions avec les acteurs français et européens.

Tout n’est pas rose pour autant et le système reste fragile, possiblement remis en cause à l’aune des prochaines élections. En attendant, voilà un exemple intéressant de politique qui donne des résultats rapidement, en s’appuyant avant tout sur la volonté populaire et l’action locale. Le RTES ne pouvait que relayer ce témoignage et pourra être amené à témoigner de l’intérêt porté à cette expérience auprès des comités locaux lors de prochaines visioconférences ; un témoignage que de notre côté nous n’excluons pas de remobiliser à l’occasion de futures journées.

Merci à Carlos de Freitas, directeur de programme au Fonds Mondial de Développement des Villes, pour avoir organisé cette rencontre.

Retrouvez le site internet de la Superintendance de Contrôle du Pouvoir du Marché.

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De gauche à droite : Anne-Laure Federici (déléguée générale du RTES), Pedro Paez Perez (superintendant à l’Autorité de Contrôle du Pouvoir du Marché d’Equateur), Patricia Andriot (vice-présidente du RTES)

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