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"Des passerelles se créent entre l’économie dite "classique" et l’ESS" - Entretien avec Yohan David

par Céline Parat - le 13 février 2015
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Suite des entretiens avec les nouveaux administrateurs du RTES : ce mois-ci, rencontre avec Yohan David, conseiller municipal délégué à l’emploi, l’insertion et l’économie sociale et solidaire de Bordeaux, et nouvellement élu vice-président du RTES. Militant syndicaliste et candidat d’ouverture de la municipalité, il nous raconte son "entrée" dans l’ESS et revient sur l’une des actions phare de Bordeaux : le développement des clauses sociales d’insertion.

Après une formation BEP en exploitation agricole, "l’une des filières où l’on envoyait les jeunes en échec scolaire", Yohan David acquiert très tôt une forte sensibilité politique."Ce n’est pas parce qu’on n’est pas issu d’une filière dite "classique" ou "non intellectuelle" qu’on ne peut pas défendre l’intérêt collectif et l’intérêt des citoyens. Au contraire". Après un parcours professionnel chez Pôle Emploi, il est candidat d’ouverture de la mandature d’Alain Juppé en 2008, et, élu, se voit naturellement confier la délégation à l’emploi et à l’économie solidaire. "Avec mon parcours professionnel et personnel, je suis très attaché à l’emploi ; j’étais délégué syndical et conseiller prudhommal. Je suis issu de ce secteur et connaît bien ses enjeux et acteurs."

Appréhender l’ESS dans sa globalité

"Mais, lorsque je prends cette mandature, je n’ai pas d’expertise. Je connais mieux le secteur de l’Insertion par l’Activité Economique, parce que je côtoie certains de ses acteurs. J’ai également une connaissance du monde syndical et du monde associatif. Mais je n’ai pas l’expertise de tout le secteur de l’ESS. Heureusement, pour avancer, j’ai eu la chance d’être "parrainé" par une adjointe qui connaissait bien ce milieu (Alexandra Siarri, adjointe au maire en charge de la cohésion sociale et territoriale)." La première action de l’élu est de mettre en place le mois de l’ESS sur le territoire ; à la fois pour construire une vitrine de l’ESS, mais aussi pour développer la connaissance du secteur. "L’objectif était de faire se rencontrer les gens entre eux, de créer du lien. Des gens qui ne se connaissent pas au titre de l’ESS... voire pas du tout. Et puis, à Bordeaux, les gens étaient demandeurs. Le mois de l’ESS a été bien médiatisé et le risque était que la dynamique retombe comme un soufflé. Mais elle n’est pas retombée. Et ce mois est devenu un rendez-vous emblématique."

Le développement des clauses d’insertion

Deuxième exemple phare de la politique de la commune : les clauses sociales d’insertion. En favorisant dans ses commandes publiques et via des clauses d’insertion, l’accès ou le retour à l’emploi des personnes rencontrant des difficultés d’insertion professionnelle, Bordeaux mise sur la carte de l’emploi durable. En 2007, à son lancement, ce dispositif a permis de réaliser 1800 heures d’insertion ; en 2013, il a concerné 170 000 heures, et en 2014, 204 000 heures. "Aujourd’hui, notre objectif est de se situer en moyenne entre 190 000 et 200 000 heures par an, ce qui impacterait 600 personnes. Nous avons confié la gestion de ces clauses d’insertion à deux associations intermédiaires, BIC et ARE33, qui ne gèrent pas des contrats mais bien des projets professionnels et des projets de vie dans leur globalité". Avec la mise en place de cette politique de recrutement et cet accompagnement, la commune a vu les choses évoluer, pour les salariés en insertion, comme pour les organisations accueillantes. "Nous avons observé des résultats encourageants : en écoles maternelles par exemple, 7 à 8 titulaires sont recrutés chaque année par la mairie, les autres trouvant un emploi ailleurs. Et le taux de réussite au CAP Petite Enfance a considérablement augmenté." Le même dispositif a été mis en place pour la construction du stade de Bordeaux. Des chantiers-écoles diplômants ont permis la formation de soudeurs ; les trois sessions ayant débouché sur 17 CDI. "Et puis, nous avons découvert des effets insoupçonnés : les salariés des entreprises se sont appropriés le dispositif , en donnant du temps d’accompagnement, ils ont trouvé un sens à leur boulot. Aujourd’hui, ils sont demandeurs et souhaitent de plus en plus accueillir des salariés en insertion."

Créer des passerelles entre les économies

Car l’un des autres objectifs de la politique de Bordeaux est aussi là : favoriser les liens entre organisations ou entreprises de l’économie dite "classique" et l’ESS, deux mondes qui ne se côtoient pas, donc ne se connaissent pas. En 2014, la commune met en place le premier salon de la création d’entreprise, dont la moitié était consacrée à l’ESS. Objectif : que chaque acteur puisse connaître l’ESS, ou, en tout cas, avoir la possibilité de la rencontrer. "Ce qui est encourageant, c’est que depuis deux ans, nous assistons à un nouveau phénomène : des entreprises "classiques" veulent être actrices de la société, en étant utiles et en mettant leur pierre à l’édifice d’un changement sociétal. Dernièrement, une entreprise informatique nous a contactés pour louer à petit prix ses surfaces disponibles à des créateurs d’entreprises en sortie de pépinière située juste à côté de chez eux. Les entreprises dites "classiques" changent de comportement. Les salariés donnent de leur temps, des entreprises veulent travailler elles aussi sur des clauses d’insertion... Ce n’est pas encore la révolution, mais on sent que ça bouge. Des passerelles se créent entre les économies." Prochains projets : un lieu ressource dédié à l’ESS, la consolidation du réseau de recycleries avec l’ouverture de lieux dans les quartiers, et surtout, l’élargissement des clauses d’insertion à la Métropole qui permettrait de porter plus de 1000 parcours emplois supplémentaires par an.

En avril 2013, la ville de Bordeaux rejoint le RTES. "Nous n’avons pas adhéré au RTES dans une logique de services, pour que cela nous apporte quelque chose. Dès le départ, soutenir une dynamique de réseau était la priorité. Parce qu’à plusieurs, nous avons plus de poids et parce que c’est comme cela que nous pourrons faire évoluer les choses. Après, une fois qu’on est dans ce réseau, la plus-value est importante : c’est une mine d’infos que l’on peut partager. Et ce que j’apprécie particulièrement, c’est que ce n’est pas un réseau politisé. Nous sommes des élus de tous bords à le composer, avec nos histoires, nos échecs, nos réussites... Qu’on peut librement partager, avouer. Il n’y a pas de logique de concurrence ou de jeux politiques. Et ça, ça fait du bien."


À propos de Darwin Eco-système, interviewé en parallèle ce mois-ci

Ce projet a été possible parce que des gens avaient envie de faire, et de faire autrement", explique Yohan David. "En tant qu’élu, c’est un bonheur d’avoir, sur son territoire, ce type d’acteurs, motivés et fonceurs. Qu’ils se reconnaissent ou pas dans l’ESS, ils sont indispensables par ce qu’ils font. Ce sont de vraies démarches, parce que ce sont d’abord des démarches d’acteurs. Nous avons beau mettre en place les meilleures politiques du monde, si personne ne porte les pratiques, cela ne sert à rien. Ensuite, les élus interviennent pour soutenir les acteurs. Même si ce n’est pas simple. Nous avançons sur des temps différents, voire incompatibles, et avons des exigences et des cadres différents."


Retrouvez la page de présentation de la politique ESS de la ville de Bordeaux

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