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Entretien avec Michel Souillac : « En tant qu’élu en charge de l’ESS, j’ai un rôle d’agent de liaison »

par Martin Besnier - le 9 novembre 2017
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Suite des entretiens avec les administrateurs du RTES, avec ce mois-ci Michel Souillac : adjoint au maire de Fresnes à l’enseignement, l’enfance et l’ESS. Ancien directeur de Mission Locale, il revient pour nous sur son action en tant qu’élu et son approche de l’ESS. Un entretien qui est aussi l’occasion pour lui d’exposer son point de vue sur les contrats aidés et son regard sur l’activité du RTES.

Pouvez-vous revenir pour nous sur votre parcours et votre action en tant qu’adjoint au maire de Fresnes ?

Je suis élu depuis 2014. J’ai été le directeur de la Mission Locale du territoire et le député-maire de l’époque m’avait proposé de rejoindre son équipe, pour être en charge du secteur associatif et donc de l’ESS. Suite à la réélection de Jean-Jacques Bridey en tant que député en 2017 et en application de la loi sur le non-cumul des mandats, Marie Chavanon est devenue maire de Fresnes et je suis à présent en charge de l’enseignement, de l’enfance et de l’ESS.

En tant qu’ancien directeur de Mission Locale, j’ai une expérience de terrain de l’ESS, je faisais de l’ESS de la même façon que M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir. La Mission Locale avait notamment servi d’incubateur au développement d’une structure d’insertion par l’activité économique « Ohé Services » (portage de repas au domicile de personnes de grand âge). Cette structure associative a aujourd’hui 10 ans d’existence et joue pleinement son rôle en faveur de personnes très éloignées de l’emploi.

Ma première action en tant qu’élu en 2014 a été d’infuser l’esprit de l’ESS au sein de la collectivité, en faisant appel au RTES. Jacques Dughera est intervenu lors d’une réunion avec l’ensemble des cadres de la collectivité, pour présenter l’ESS et le rôle possible des collectivités dans son développement.

J’ai travaillé sans moyens dédiés, mais en adoptant une approche transversale, par thématique. J’ai intégré beaucoup de réseaux en participant à de nombreuses réunions, en allant chercher des informations et créer du lien. En tant qu’élu en charge de l’ESS, j’ai un rôle d’agent de liaison, communal avec les acteurs locaux, et avec notre environnement plus large, notamment à l’échelon régional.

Par exemple, sur la finance solidaire, j’ai impulsé suite à plusieurs réunions, la création d’une CIGALES sur le territoire de l’ex-agglomération du Val de Bièvre (qui aujourd’hui fait partie de l’établissement public territorial Grand-Orly Seine Bièvre dans le cadre du Grand Paris), qui a 4 ans d’existence.

Quels sont les principaux chantiers sur lesquels vous travaillez ?

Toujours dans cette optique d’être un trait d’union, un « facilitateur »,j’ai organisé en partenariat avec le Ministère de l’Agriculture, un évènement autour de la solidarité alimentaire. Cette démarche a abouti à la signature d’une convention de dons alimentaires avec le groupe de restauration Elior, lequel dispose à Fresnes de sa plus grande cuisine centrale de France, et livre des centaines de repas par jour. Nous avons travaillé localement avec les Restos du Coeur, l’épicerie sociale et la Croix Rouge, à forger un partenariat basé sur le don. Pour autant, aujourd’hui, ce partenariat n’est pas encore en phase opérationnelle, au vu de difficultés règlementaires qui ont trait à la sécurité alimentaire. De ce fait, nous réfléchissons à l’ouverture d’un lieu le soir pour distribuer les repas.

Par ailleurs, la Ville de Fresnes a participé aux 1ères Assises de l’économie circulaire et est signataire du livre blanc sur l’économie circulaire du Grand Paris.

Autre chantier, le vieillissement de la population : nous travaillons dans une logique de groupe projet, en partenariat avec le CCAS de Fresnes et une école d’ingénieurs (EFFREI) pour développer une approche globale de l’accompagnement des personnes vivant seules à leur domicile. Le travail de l’école d’ingénieurs vise à créer une application mobile pour améliorer la coordination des intervenants à domicile et pour développer l’interactivité avec les personnes âgées. L’application est aujourd’hui en cours de finalisation, nous allons bientôt pouvoir la tester auprès d’un échantillon de personnes volontaires.

Je mène également des évènements ponctuels, tels qu’un évènement post-COP21 réalisé en partenariat avec l’ARENE, avec une soirée débats et une exposition « Sacrée Croissance » de Marie-Monique Robin. Dans le cadre du Mois de l’ESS, depuis 2 ans, j’ai fait intervenir Timothée Duverger [1] lors d’une conférence organisée auprès des lycéens de Fresnes sur la thématique du bénévolat, avec le témoignage d’associations locales. Et cette année, nous allons organiser une déambulation des lycéens de 2nde dans la ville, ils vont aller à la rencontre des acteurs locaux de l’ESS. Dans le cadre du Mois de l’ESS, il y aura également une exposition « Travailler Autrement » ouverte au grand public, montée par l’agence de communication La Navette et qui présente l’ESS et ses métiers.

Et quelles sont vos autres actions à venir ?

Je suis également en charge de l’enseignement et de l’enfance depuis cette année. Je vais donc essayer dans les mois à venir d’établir des passerelles entre l’ESS et l’école.

Par ailleurs, tout est à construire au niveau intercommunal avec le nouvel établissement public territorial. Je reste impatient d’avancer avec les autres élus à l’ESS du territoire. Nous avons des préoccupations partagées et il est nécessaire de lancer des consultations intercommunales, notamment sur des sujets d’intérêt commun tels que la solidarité alimentaire, de possibles mutualisations, qui impliquent une forte transversalité et supposent d’inscrire le sujet dans un périmètre institutionnel plus large afin de démultiplier la mobilisation et les moyens et ainsi faire face aux manquements locaux.

Quel est votre point de vue sur l’actualité des contrats aidés ?

À la mairie de Fresnes, on ne se tourne pas massivement vers les contrats aidés. En revanche, il y a des personnes en emplois d’avenir et des personnes en Service civique.

Mais les contrats aidés sont un vrai sujet de préoccupation et je suis moi-même inquiet des choix gouvernementaux sur ce sujet. Je peux témoigner en tant qu’ancien directeur de Mission locale de l’intérêt de ces outils, j’ai vu des situations individuelles et familiales évoluer très positivement grâce à l’intégration dans un contrat aidé de certains jeunes. Leurs familles étaient vraiment soulagées de voir leurs enfants enfin trouver une place. C’est une rampe de lancement pertinente, qui permet de capitaliser une expérience, d’acquérir des compétences.

Pour autant, les contrats aidés ont aussi connu un affaiblissement de leur volet formation. Il existait il y a dix ans de cela des financements pour la formation qui ont aujourd’hui disparu. Et les petites structures de l’IAE n’ont pas les moyens de financer la formation des personnes en contrats aidés, elles ne peuvent que se concentrer sur la formation de leur personnel permanent.

Il me semble qu’il y a une erreur de diagnostic de la part du gouvernement, on parle beaucoup de « ruissellement » mais on peut surtout craindre une « inondation » de chômeurs en plus ! Je ne suis pas persuadé que les ressources financières libérées par la suppression des contrats aidés iront vers des initiatives productives et la consolidation du tissu économique. L’économie doit marcher sur deux jambes, une économie de marché solide et ce que j’appelle une « économie étayée » qui rend des services non solvables par des opérateurs marchands et qui créée des emplois pour des personnes encore trop éloignées des attentes du marché du travail classique.

Quel regard portez vous sur l’activité du RTES ?

Le RTES permet de s’inscrire dans un réseau d’envergure nationale et structuré et apporte une hauteur de vue. En tant qu’élu communal, il m’est intéressant d’être immergé dans un réseau qui compte des élus agissant à des échelons plus larges, départementaux ou régionaux.

Le RTES constitue aussi un espace de ressources, des solidarités peuvent s’exercer. On peut avoir recours au personnel du RTES pour des interventions, et le volet formations est intéressant.

Après localement, il me faut encore diffuser les ressources du RTES auprès de mes autres collègues élus, notamment la lettre électronique du RTES. C’est très bien d’avoir des élus dédiés à l’ESS mais le risque c’est d’avoir une concentration sur un élu en tant que tel, qui s’enferme dans sa fonction. Il faut être vigilant à bien diffuser, d’autant plus que l’ESS est par nature transversale.

Notes

[1] -Voir son ouvrage sur l’histoire de l’ESS - http://rtes.fr/L-histoire-de-l-ESS-...

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