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L’Atelier Paysan, pour la souveraineté technologique des paysans

par Martin Besnier - le 12 janvier 2017
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La SCIC L’Atelier Paysan forme à l’autoconstruction de matériels et bâtiments agricoles destinés à l’agriculture biologique, dans une logique de réappropriation des savoir-faire paysans. Rencontre avec Julien Reynier, chargé de développement de l’Atelier Paysan.

Comment est né l’Atelier Paysan ?

En Rhône-Alpes, la rencontre entre des maraîchers biologiques et des conseillers techniques du Groupement d’Agriculteurs Biologiques « Adabio » a donné lieu à la création de l’association « Adabio Autoconstruction » en 2011. Celle-ci avait pour objectif de poursuivre la démarche entamée de recensement sur le terrain de bricolages paysans pour organiser une première formation à l’autoconstruction de matériel agricole, puis l’écriture en 2012 d’un « guide de l’autoconstruction » détaillant les plans de 16 outils adaptés au maraîchage biologique et inventés par des producteurs.

En 2014, Adabio Autoconstruction se transforme en SCIC « L’Atelier Paysan » afin de renforcer cette démarche de diffusion de savoir-faire paysans à une échelle nationale et s’ouvrant, au-delà du maraîchage, aux secteurs de la viticulture, de l’arboriculture et de l’élevage.

atelier paysan 1 Quelles sont aujourd’hui les activités principales de l’Atelier Paysan ?

Nous développons quatre types d’activités avec premièrement de la recherche & développement participative de nouveaux outils, qui passe notamment par des tournées de fermes en fermes pour déceler des bonnes trouvailles de producteurs bio.

Ces tournées donnent ensuite lieu à une phase de diffusion des trouvailles via des fiches techniques, plans et tutoriels qui sont diffusés sur notre site internet, notreforum ou dans notre guide de l’autoconstruction après avoir été validés collectivement. Considérant que les savoirs paysans sont des « biens communs » librement diffusables et modifiables, ces informations sont publiées en libre accès.

Les formations à l’autoconstruction de matériels et de bâtiments agricoles constituent l’autre axe de cette phase de diffusion. C’est aujourd’hui l’activité principale de l’Atelier Paysan avec plus de 70 formations organisées chaque année dans toute la France. Ces formations sont accueillies dans des ateliers loués à des établissements d’enseignement agricole, tandis que l’Atelier Paysan dispose de 5 « camions-ateliers » équipés pour ses formations et pour sillonner la France. En une semaine de formation, un petit groupe de producteurs va fabriquer des outils agricoles qui auront été le support de cette formation, et repartir avec sur son exploitation. Le coût de ces formations est pris en charge par les fonds de formation des agriculteurs participants, l’Atelier Paysan étant reconnu comme organisme de formation.

L’Atelier Paysan développe également une activité d’achat groupé de matériels et accessoires agricoles pour rendre accessible à tous l’autoconstruction du matériel agricole, et notamment aux jeunes paysans qui s’installent et qui ont besoin d’outils à faible coût et qui disposent de peu de foncier.

Enfin, l’Atelier Paysan fait partie du Pôle INPACT (Initiatives Pour une Agriculture Citoyenne et Territoriale) regroupant des réseaux qui souhaitent promouvoir une agriculture plus durable et proposer des alternatives concrètes aux agriculteurs sur leur exploitation. Dans ce cadre, l’Atelier Paysan a eu un rôle actif dans la publication d’un document de plaidoyer intitulé : « Innovation techniciste et course à l’endettement en agriculture : Pas d’agroécologie sans souveraineté technologique des paysans ».

Comment s’organise la gouvernance de votre SCIC ?

Les sociétaires de l’Atelier Paysan sont répartis en 4 collèges, avec celui des salariés (10 % des droits de vote en AG) ; celui des partenaires (avec 20 % des droits de vote) qui est principalement composé par des CIGALES qui nous apportent des fonds propres ; le collège des associations de soutien (avec 35 % des droits de vote), regroupant des associations de développement agricole alternatif aux chambres d’agriculture (réseau FNAB, espaces test-agricoles…) ; et le collège des paysans et fondateurs (avec 35 % des droits de vote).

En dehors de l’autofinancement via les formations et la distribution du guide, l’Atelier Paysan se finance également par le biais du fonds de dotation « Citoyens solidaires ». Notre capacité à mobiliser des fonds de la finance solidaire a d’ailleurs été reconnue lors du Trophée 2016 de la finance solidaire organisé par finansol. Le Ministère de l’Agriculture apporte également son soutien puisque l’Atelier Paysan est reconnu ONVAR, c’est à dire une tête de réseau national du développement agricole. Enfin, Régions de France et le Réseau Rural National apportent aussi leur soutien à nos travaux.

Plan serre mobile Quels sont vos perspectives et les liens que vous souhaiteriez développer à l’avenir avec les collectivités locales ?

Aujourd’hui, nous avons des liens avec le Conseil régional de Bretagne qui nous finance sur 3 ans afin de développer des outils innovants pour la technique du semis sous couvert végétal, dont le principe est d’utiliser des plantes « engrais vert » pour travailler le sol, sans recourir au labour.

A l’avenir, nous sommes intéressés pour développer des partenariats avec des collectivités dans le cadre de notre projet de monter notre propre atelier « Farm Lab » qui serait un lieu de vie permettant d’accueillir des formations, de faciliter le magasinage et la logistique, de partager des locaux avec d’autres structures. Une collectivité pourrait nous soutenir dans ce projet, car nous souhaitons adosser cet atelier à un espace test agricole où nous pourrions expérimenter nos prototypes.

Il serait également intéressant pour nous de travailler plus étroitement avec des communautés de communes et des agences de l’eau qui souhaiteraient limiter l’usage des pesticides sur leur territoire, qui viennent polluer les nappes phréatiques et coûtent cher en dépollution des eaux, comme l’a montré le récent rapport parlementaire sur Ecophyto. Elles pourraient financer des formations d’autoconstruction d’outils mécaniques de désherbage pour les producteurs de leur territoire.

Enfin, l’Atelier Paysan porte une MCDR (Mobilisation Collective pour le Développement Rural) baptisée "Innovation par les usages, un moteur pour l’agroécologie et les dynamiques rurales" avec la FNCUMA, la FRCUMA AURA, La FADEAR, L’Interafocg, le Cirad et AgroParisTech. Le projet a pour but d’expérimenter, de capitaliser et d’échanger sur les méthodologies qui permettent d’impliquer très en amont les usagers à la conception et à la réalisation des productions, des services dont ils ont besoin. Ce projet USAGES a vocation à donner à voir aux collectivités des exemples concrets, de terrain, d’innovation par les usages, pour une prise en compte de ces aspects dans les politiques publiques de développement rural.

Plus d’informations sur : www.latelierpaysan.org.

Photos : L’Atelier Paysan.

Portfolio

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