Michel Dinet, président du Conseil général de Meurthe-et-Moselle, a ouvert les travaux en soulignant avec force la conviction portée par son département : « L’ESS est porteuse d’un changement du modèle de développement, et n’est pas un tiers-secteur sympathique, réparatrice au mieux, au pire voie de garage pour des personnes privées d’emploi ».
Il a souligné l’importance d’espaces d’expérimentation des méthodes et des outils de développement, associant les citoyens (par exemple la création d’un Conseil pour le RSA, réunissant à égalité de parole élus et techniciens du Conseil général et allocataires du RSA), et l’importance d’une approche territorialisée et transversale.
Il a évoqué les principaux chantiers à venir pour le Département :
celui autour d’une monnaie complémentaire solidaire,
la création d’une association de soutien aux initiatives d’entraide de proximité,
l’Agence triple S (Service public pour tous, Solidarité avec les Meurthe-et-Mosellans, Solidarité avec les territoires)
le travail mené depuis 4 ans pour créer une 3ème colonne dans le budget du département, une colonne Investissement Humain, aux côtés des colonnes Fonctionnement et Investissement.
Michel Dinet a également appelé à ne pas rater le 3ème tour de la mobilisation citoyenne, et de véritablement faire le pari que les citoyens peuvent être co-auteurs des politiques publiques.
L’actualité du concept d’innovation sociale a été au coeur des débats et des communications des chercheurs, venant de toute la France, du Luxembourg, du Portugal, d’Allemagne, du Québec et du Maroc. Dans quelle mesure le concept d’innovation sociale permet de réinterroger la double ambition présente dès l’origine dans le développement de l’ESS : une solution concrète et pragmatique à la question sociale, et une ambition de transformation des logiques socio-économiques dominantes ?
Si le concept d’innovation sociale n’est pas considéré comme stabilisé, d’importants travaux sont menés depuis de nombreuses années au Québec sur ce thème, et en France plus récemment, avec notamment les travaux menés au sein du Conseil supérieur de l’économie sociale et solidaire [1] (cf rapport de synthèse).
Des communications de chercheurs, à partir de l’analyse d’initiatives de l’ESS (Coopératives d’Activités et d’Emplois, incubateurs d’entreprises, SCIC, monnaies complémentaires, projet Darwin....), ont apporté des éclairages et des questionnements intéressants. Par exemple, une approche historique des coopératives de consommation (porteuses de nombreuses innovations, par exemple les magasins de gros), et l’étude d’acteurs actuels (épiceries solidaires, AMAPs, coopératives de produits biologiques, nouveaux commerces de proximité..), a illustré la double approche, entre intégration et volonté de transformation du système, présente dans ce domaine.
Emmanuel Bioteau, d’ESO Angers, a souligné qu’un acteur comme un Centre social, n’est pas forcément innovant en soi, mais est un vecteur important d’innovations, notamment en tant que « lieu de transaction collective vers des projets communautaires innovants ».
Plusieurs travaux ont mis en avant la capacité d’innovation des acteurs de l’ESS, mais leur relative faible capacité d’innovation institutionnelle, c’est sans aucun doute l’un des chantiers communs majeurs, associant acteurs et collectivités.
Des questions ont été posées : l’innovation sociale n’est-elle pas le signe du déséquilibre structurel de notre mode de développement économique capitaliste ? N’y a t’il pas un risque de hiérarchisation des besoins sociaux vers des critères de marché ? Comment ne pas céder au risque que l’innovation sociale n’enferme dans le culte de la nouveauté, et accentue la tendance des financements publics à intervenir en phase d’émergence, et non de consolidation des initiatives ?
Un débat organisé avec Philippe Frémeaux, devant un amphi affichant complet, a permis un riche débat : la quête de pouvoir, de puissance, ne conduit-elle parfois à davantage d’excès que la quête du profit ? Ne doit-on pas questionner la démocratie, affirmée comme un des principes de l’économie sociale ? La logique de cooptation à l’oeuvre dans nombre de structures d’ESS, est parfaitement légitime, mais est rarement affirmée et analysée.
Comme l’ont souligné Josette Combes, présidente du RIUESS, et Laurent Fraisse, chercheur au CRIDA, l’économie solidaire tente d’introduire dans l’imaginaire social la possibilité d’alternative, et cette dimension est particulièrement importante au moment où l’absence de choix économique est un risque pour la démocratie.
Retrouvez ici l’intervention du RTES.
Les textes des communications présentées peuvent être téléchargés sur le site du RIUESS.







