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« La coopération, une construction collective »

par Scop La Peniche pour le RTES - le 8 juillet 2013
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Spécialiste de l’ESS, Danièle Demoustier est responsable de l’Équipe de socio-économie associative et coopérative (ESEAC) à l’IEP de Grenoble. Elle décrypte ici les enjeux de la coopération entre acteurs de l’ESS. Également membre du CSESS, Danièle Demoustier a participé à la réflexion autour de la loi 2013 sur l’ESS en tant que personne qualifiée. Elle nous en confie sa lecture...

Qu’est ce que la coopération dans l’ESS aujourd’hui ?

Depuis 30 ans, l’essor associatif et coopératif est encouragé notamment pour favoriser l’innovation sociale... Mais aujourd’hui, on assiste à un émiettement de ces mêmes acteurs : l’ESS rassemble beaucoup de petites structures, mais qui, en cette période de non-croissance, sont poussées à la concurrence. Difficile dans ces conditions de se développer et de coopérer.

Alors oui, la question de la structuration arrive à l’ordre du jour. Une structuration qui commence à s’émanciper du schéma de fusion ou d’absorption, héritée de la période de concentration qui a particulièrement affecté la coopération agricole, et touche aujourd’hui la mutualité. D’autres réponses - qui respectent l’autonomie des acteurs - existent, comme l’illustrent les groupements d’employeurs par exemple.

Justement, quels sont les fondements et les leviers de la coopération des structures de l’ESS ?

J’aime à dire que l’engagement et les réserves impartageables sont les deux jambes de l’ESS. Les bénévoles jouent un rôle essentiel car ce sont les antennes de la société civile. Ils traduisent le besoin de l’usager. Sans eux, les associations, qui représentent la plus grande partie du secteur, s’éloignent des réalités de la société et l’ESS y perd en sens et force…

Quant aux leviers de la coopération, ils s’appuient avant toute chose sur la conjugaison de la volonté de porter une parole commune, de gagner en visibilité, et la nécessité de le faire ! Nécessité de se renforcer dans une période d’incertitude, de faire des économies d’échelle, d’affronter les évolutions des budgets publics...

Et puis, chaque expérience a son halo d’impacts et la coopération en accélère les effets vertueux, comme en témoigne le modèle des PTCE. Pourquoi, parce que le mode de coopération se fonde sur une vision globale du territoire, dépassant la simple coopération affinitaire ou purement sectorielle pour prendre de la hauteur, et oser la transversalité. Pour que les coopérations renforcent le dynamisme de l’ESS, il faut changer d’échelle, tout en maintenant une autonomie relative, et les penser selon les problématiques du territoire.

Autre levier et non des moindres : le leadership, mais celui de l’ESS est aujourd’hui atomisé et manque de visibilité. Peut-être parce que dans l’ESS, le lien affectif fort lié à l’engagement questionne plus qu’ailleurs la légitimité du leader. Peut-être aussi parce que le leader, soucieux des intérêts de chacun, peine à s’emparer de son rôle, à proposer une vision. Je crois pourtant que l’ESS a besoin de personnes qui traduisent un besoin commun et d’une façon un peu visionnaire.

Quels sont les freins à la coopération entre acteurs de l’ESS ?

La représentation qui oppose économie et social existe bel et bien et constitue un premier frein. Quand on croit que l’un crée la richesse l’autre la dépense, on collabore peu ! Pourtant, une mobilisation sociale peut créer une activité. Si l’on prend conscience que ces deux pans de l’ESS s’intègrent l’un l’autre, la coopération entre associations et coopératives prend tout son sens.

Autre frein : la vision court terme. On ne peut pas bien coopérer dans l’urgence, d’autant plus quand on investit déjà beaucoup d’énergie pour gérer le collectif en interne… Enfin, le financement par projet tend à la segmentation, au financement sectoriel et favorise peu la coopération...

Comment les collectivités locales peuvent-elles favoriser cette coopération ?

La coopération ne se décrète pas. Les collectivités peuvent inciter, pas imposer. D’un point de vue financier, elles peuvent proposer des appels à projets intégrant une réponse collective ou partenariale. Elles peuvent aussi se montrer un peu plus dirigistes en pilotant le projet et en créant les conditions pour que les gens travaillent ensemble.

Les collectivités locales sont à même d’apporter la vision structurée dont les acteurs de l’ESS peuvent manquer, mais cela ne marche qu’à la condition qu’elles travaillent elles-mêmes ensemble et qu’elles décloisonnent leurs services. La transversalité permet d’associer les différents acteurs à la construction de nouvelles politiques publiques ! Le soutien à l’habitat participatif, qui croise logement, construction, et social en est un exemple.

Enfin, le mode d’évaluation des politiques publiques peut encourager la coopération, s’il prend en compte le processus en plus du résultat ! Car dans l’ESS, la fin questionne les moyens...

Quel regard portez-vous sur la loi sur l’ESS ?

Cette loi joue un rôle non négligeable sur la reconnaissance du secteur. Elle donne en outre les critères de définition des PTCE, formalisant ainsi le cadre pour d’éventuels appels à projet.

Cependant, cette loi semble répondre à l’aspect conjoncturel mais pas structurel de la crise. Axée sur des préoccupations urgentes concernant l’emploi, sa vocation est avant tout économique et entrepreneuriale. Si le périmètre de cette loi s’élargit aux entreprises sociales, c’est avant tout pour y inclure les têtes de réseau de l’IAE, qui pourront prétendre aux fonds de la BPI.

Pourquoi pas, mais je regrette néanmoins cette prédominance du marchand. L’emploi pour l’emploi n’a pas de sens. C’est un moyen, une réponse qui s’inscrit dans la dynamique d’un territoire. Certes, cette loi est un pas vers le changement d’échelle dont l’ESS avait besoin. Mais la vision du secteur qui y est proposée occulte ou presque sa substance sociale et socio-économique : la gouvernance partagée, l’engagement et la mobilisation de la société.

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