"Le RTES nous semble être un appui essentiel pour aboutir à une politique d'ESS pertinente" - entretien avec Murielle Jabes

Murielle Jabes est vice-présidente déléguée à la politique locale de l’insertion et de l’emploi de la Communauté d’agglomération CAP Excellence en Guadeloupe. Si l’ESS n’est intégrée que récemment dans les axes de l’agglomération, de nombreuses associations existent sur le territoire, et les projets sont nombreux.

Pouvez-vous nous présenter le territoire de Cap Excellence, la place de l’ESS, et les grands axes de votre action pour le développement de l’ESS sur votre territoire ?

Cap Excellence est la plus grosse agglomération de Guadeloupe, avec plus de 100 000 habitants, soit 1/4 de la population de l’archipel, et son poumon économique avec 80 % de l’activité économique de la Guadeloupe et la présence des grandes infrastructures (port, aéroport, centre hospitalier universitaire). C’est un territoire dynamique, mais qui est aussi marqué par de forts enjeux sociaux, avec une partie de l’agglomération concernée par le programme ANRU II.

La Guadeloupe possède un taux de chômage à 22 % (Source : Insee 2017), et encore davantage chez les jeunes, ce qui se traduit notamment par un exode d’une partie de la jeunesse et le vieillissement du territoire (2e territoire le plus vieux de France). Les associations sont très nombreuses sur notre territoire et servent d’amortisseurs sociaux des crises socio-économiques.

CAP Excellence, principal EPCI de Guadeloupe, a été créé en 2008 en associant les communes de Pointe-à-Pitre et Les Abymes, et depuis 2014 la commune de Baie-Mahault. C’est donc une communauté d’agglomération très récente, qui cherche encore ses marques.

De ce fait, notre direction de « l’Innovation Sociale et solidaire » n’a été créée qu’en 2017. L’ESS reste peu appréhendée en tant que telle sur notre territoire, alors que nous avons un fort potentiel de développement dans plusieurs secteurs d’activités. De plus, il n’y avait pas de CRESS reconnue en Guadeloupe avant ce début d’année, et la convention quadripartite, CRESS, État, Région et Conseil Départemental n’a été signée qu’en juillet 2018.

Nous avons également décidé de rejoindre le RTES cette année, en cohérence avec les objectifs de notre politique :

- Faire connaître l’ESS, auprès des élus et des porteurs de projets. Nous souhaitons informer les élus sur les potentiels de l’ESS voire organiser une formation des élus, en sollicitant le RTES notamment, pour qu’ils s’approprient les enjeux de l’ESS et les potentialités qu’elle offre. Nous souhaitons également développer la connaissance de l’ESS auprès des porteurs de projets et des jeunes.

- Structurer l’ESS, par filières d’activités en mutualisant des moyens et des structures, en apportant des financements et de l’ingénierie.

Nous avons identifié des secteurs d’activités porteurs tels que :

• le tourisme ou encore la culture, avec « Cap Carnaval », notre projet de structuration de la filière du carnaval, afin d’en maitriser les retombées pour notre territoire,

• mais aussi l’artisanat, avec pour enjeu d’accompagner la transmission d’activités d’artisans qui vieillissent, et donc la formation de jeunes repreneurs. Nous avons notamment pour projet de monter une fabrique solidaire afin de mutualiser des moyens sur un même espace.

Nous portons également un projet majeur de Maison de la Solidarité, avec une zone d’activité dédiée à l’ESS qui regroupera des acteurs afin de permettre la convergence des initiatives, de favoriser la diffusion de l’information et la formation sur l’ESS, dans un objectif d’essaimage sur l’ensemble du territoire de CAP Excellence.

Qu’attendez-vous du RTES ?

J’ai participé à la dernière AG du RTES au début du mois de juillet et ce fut l’occasion de rencontrer d’autres élus et de découvrir le fonctionnement du réseau. Nous souhaitons nous appuyer sur l’expertise du RTES pour nous fournir des informations, des retours d’expériences sur d’autres territoires membres, ou encore des outils méthodologiques via vos formations ou publications. Par exemple, dans la recherche de fonds européens, nous sommes intéressés par des conseils méthodologiques pour le montage de projets, que l’on peut retrouver dans le dernier RepèrESS du RTES « Europe & ESS ». Le RTES nous semble être un appui essentiel pour aboutir à une politique d’ESS pertinente.

Au-delà de ces dimensions, nous avons pu grâce au RTES effectuer suite à l’AG un voyage d’étude à Lille, particulièrement riche et intense.

Quels sont les principaux éléments que vous retirez de votre voyage d’étude ? 

Nous avons pu découvrir à Lille des projets inspirants en lien avec des sujets nous concernant.

Ces rencontres nous ont ouvert un champ des possibles et nous ont permis de voir ce qu’il serait envisageable de réaliser sur notre territoire. Nous sommes allés dans les espaces de travail partagés de la Grappe et du Mutualab, nous avons rencontré les équipes de Kilti, de la CoFabrik et de Pop, mais aussi la Maison de l’ESS et sa crèche. Aussi, le montage de crèche coopérative pourrait être réalisé sur notre territoire. Nous avons enfin découvert le réseau des Cigales, qui serait une alternative intéressante face aux fréquents manques de moyens financiers de nos acteurs locaux.

Nous avons même déjeuné dans un restaurant en SCOP et fortement apprécié la compétence et le dynamisme de cette petite équipe ! Nous tenons vraiment à remercier ceux qui nous ont reçu à Lille et nous aimerions pouvoir les recevoir en Guadeloupe à notre tour un jour.


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