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"Le conseil de l’ESS de Strasbourg fonctionne comme une "fabrique de politiques publiques"" - Entretien croisé avec Jeanne Barseghian et Jean-Baptiste Gernet

par Céline Parat - le 17 mars 2015
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Suite des entretiens avec les nouveaux administrateurs du RTES, avec ce mois-ci, une interview particulière : un binôme.
S’ils sont tous les deux élus à la Ville de Strabourg et à Strasbourg Eurométropole (qui fonctionnent en administration fusionnée), elle est conseillère déléguée à l’ESS à l’Eurométropole et il a en charge l’économie créative à la ville. Entretien croisé sur les chantiers en cours et à venir avec Jeanne Barseghian et Jean-Baptiste Gernet.



Quels ont été vos parcours respectifs avant d’être élus ?

Jeanne Barseghian : Après une formation de juriste franco-allemande, une spécialisation en droit de l’environnement, puis une formation d’éco-conseillère, j’ai accompagné pendant plusieurs années des territoires et des organisations dans des démarches de développement durable. En parallèle, j’ai travaillé auprès d’élus du Conseil Régional d’Alsace. Après ce premier pied en politique, j’ai souhaité donner une nouvelle forme à mon engagement en faveur du développement durable lors des municipales de 2014, et ai été élue à la Ville et à l’Eurométropole de Strasbourg.

Jean-Baptiste Gernet : Je me suis engagé très tôt en politique, à 16 ans, puis ai travaillé aux côtés d’élus et pour différentes campagnes pendant mes études à Sciences Politiques. Ma troisième année d’études, consacrée aux échanges internationaux, m’a particulièrement marquée : je l’ai passée à Berlin, qui a été pour moi une ville inspirante par les énergies citoyennes collectives qui y existent. Puis, j’ai intégré la liste de Roland Ries (Maire de Strasbourg) en 2014. Tout en ayant à cœur de retrouver et de porter ces dynamiques citoyennes dans mon mandat politique.

Une sensibilité plutôt développement durable, une autre plutôt citoyenne, comment se retrouvent-elles dans vos mandats et liens avec l’ESS ?

J.B : En tant qu’éco-conseillère, j’ai toujours considéré que les problématiques économiques, sociales et environnementales étaient étroitement imbriquées. Pour moi, l’un des grands chantiers de l’économie sociale et solidaire, et cela a été souligné lors du dernier conseil de l’ESS (voir plus loin), sera d’investir plus amplement ce qu’on appelle "l’économie verte". Que ce soit dans la réduction des déchets à la source, leur réemploi sur le territoire ou la transition énergétique, les acteurs de l’ESS ont un rôle majeur à jouer dans ces filières.

J-B.G : Depuis quelques temps, on voit apparaitre de nouvelles manières de produire et d’échanger entre les citoyens. Economie collaborative, positive, circulaire, coopérative... On en parle beaucoup, mais finalement on met un peu tout et n’importe quoi derrière tout ça. Ces modes de faire sont pourtant empreints de valeurs de l’ESS, qui existe, elle, depuis longtemps, qui est institutionnalisée et organisée. Il y a un enjeu fort à ce que l’économie sociale et solidaire irrigue ces nouveaux modèles, pour éviter qu’ils ne soient marketing et récupérés. ll faudrait qu’acteurs comme élus aient le réflexe de créer les passerelles, de susciter les rencontres avec ces nouvelles formes d’économie pour y injecter les valeurs de l’ESS et rappeler l’importance que les citoyens soient au cœur de ces dynamiques.


Strasbourg a développé un outil structurant et original pour co-construire sa politique d’ESS : le conseil de l’ESS. Quels sont ses origines et son fonctionnement ?

Crédit photo : Jérôme Dorkel / CUS J.B : En 2010, une délibération autour de trois axes fondateurs a été adoptée : développer l’entrepreneuriat social et solidaire et la création d’emplois, promouvoir l’ESS, et favoriser l’initiative collective des habitants et l’innovation. Pour les mettre en œuvre, nous avons installé deux outils structurants : une convention pluriannuelle d’objectifs avec la CRESS, sur trois ans, et un conseil de l’ESS. L’objectif de ce conseil est d’instaurer un dialogue entre acteurs et collectivités, élus comme techniciens. Présidé par la CRESS, l’Eurométropole et la ville, il est ouvert à tous et fonctionne comme une "fabrique de politiques publiques". Il se réunit en séance plénière, une fois par an, séance plénière qui est nourrie par des ateliers d’échanges thématiques organisés régulièrement. Ces ateliers ont été construits comme de véritables lieux d’échanges et de dialogue : ce ne sont ni des cahiers de doléances d’acteurs de terrain dans l’attente, ni des espaces où la collectivité chercherait à imposer sa politique aux acteurs. Nous y travaillons des préconisations pour les acteurs de terrain, pour les collectivités, mais surtout pour le partenariat existant ou à construire entre les deux. Ce qui donne des actions innovantes et originales.

Quels sont ces ateliers thématiques et sur quoi ont-ils débouché ?

Crédit photo : Jérôme Dorkel / CUS J.B : Nous avons par exemple mis en place un atelier sur les achats publics comme leviers de développement durable, avec pour objectif de faciliter les liens entre services de la collectivité et acteurs de l’ESS. Parmi d’autres actions, cet atelier a débouché sur l’organisation d’une « rencontre à l’envers ». Le principe était simple : à l’inverse d’un salon sur les achats publics organisé par les acteurs pour proposer leurs services et produits, c’est la collectivité qui a ouvert ses portes pour présenter sa politique et la manière dont elle fonctionnait aux entreprises. Ce qui a permis aux acteurs de connaître les missions de la collectivité et ainsi mieux pouvoir répondre à ses besoins. Mais aussi à la collectivité d’écouter les freins que peuvent rencontrer les entreprises dans leur réponse aux marchés publics, avec pour objectif leur montée en compétence et par delà, une meilleure ouverture de nos marchés publics.
Nous avons également mis en place des ateliers sur l’innovation sociale, sur les initiatives collectives et expérimentations des habitants, sur l’ESS et la création d’entreprises... En fait, ces ateliers permettent à chacun, élus, techniciens, acteurs, d’adopter des réflexes collectifs, d’identifier et de créer des passerelles. En 4 ans, ils se sont réunis une trentaine de fois, ont rassemblé environ 200 participants et ont formulé plus de 30 préconisations.

Quels sont les chantiers sur lesquels planche actuellement le conseil de l’ESS ?

J.B : Au-delà des orientations que je vous ai citées et de leur suivi, le conseil de l’ESS se penche également sur des sujets d’actualité. Nous avons par exemple travaillé sur la loi ESS en 2012, sur l’accueil de la manifestation européenne sur l’entrepreneuriat social organisée à Strasbourg en janvier 2014... Et le dernier conseil de l’ESS, qui s’est réuni en novembre 2014, a ouvert plusieurs chantiers : les liens entre la politique de la ville et l’ESS, avec la signature des nouveaux contrats de ville, les suites de la loi ESS et la convergence entre ESS et économie verte. Nous avons déjà commencé à travailler sur ce dernier sujet, avec, par exemple, un projet de constitution d’un SIEG dans le domaine de la valorisation des déchets, qui sera soumis prochainement au Conseil de l’Eurométropole, ou le soutien à la création d’une coopérative d’activités et d’emploi dédiée aux métiers du BTP et à la transition énergétique. L’intérêt du conseil est d’identifier les politiques thématiques et de faire le lien avec l’ESS, qui est une politique transversale.

Un projet de monnaie locale complémentaire est également en cours sur le territoire. Où en est-il ?

J-B. G : La Ville de Strasbourg a effectivement financé une étude de faisabilité sur un projet de monnaie locale complémentaire. Si une première opération de crowdfunding a permis de financer le démarrage du projet, nous nous engageons avec l’association porteuse dans une démarche de soutien financier tri-annuel avec pour objectifs de pérenniser le projet, et faire en sorte qu’il acquiert une stabilité et une indépendance financière vis-à-vis de la collectivité. La Ville réfléchit actuellement à plusieurs enjeux : comment sécuriser cette MLC ? Et, surtout, comment faire en sorte qu’elle ne soit pas cantonnée à un cercle d’initiés et de militants ? Il faut qu’on réussisse à ce que cette monnaie touche tout le monde (et notamment les populations les plus défavorisées) et qu’on montre en quoi elle apporte un plus à tous les citoyens, en travaillant sur un sentiment d’appartenance. La monnaie, le « Stück », sera lancée cette année.

Vous souhaitez par ailleurs mettre en place des plates-formes d’échanges de biens et de services entre particuliers ?

J-B. G : Nous avons envie de développer des plateformes d’échanges entre citoyens, dans une idée d’économie collaborative, mais en suscitant et soutenant l’initiative associative pour éviter les récupérations privées ou marketing. Nous avons démarré par le développement d’une plate-forme d’échanges de services, en soutenant un projet d’accorderie qui existait sur le territoire. On en est au stade de la création, avec une première subvention accordée à l’association porteuse. Nous serons confrontés à la même problématique que pour la monnaie locale complémentaire : celle de ne pas se cantonner à un cercle d’initiés, et d’y intégrer une dimension sociale très forte.
Pour maximiser leur visibilité, nous travaillons également sur l’idée de regrouper les projets ; l’accorderie a déjà un local dans un quartier en politique de la ville, d’autres projets en cours ou à venir pourraient s’y adjoindre : une plate-forme d’échanges de biens, un café citoyen...

Comment vous investissez-vous dans le réseau RTES ?

J.B : Pour nous, l’une des caractéristiques fortes de Strasbourg est liée à sa dimension transfrontalière et européenne. Jean-Baptiste et moi-même sommes donc naturellement actifs au sein de la commission Europe du RTES. Et les choses bougent. En janvier 2015, la rencontre Collectivités territoriales, ESS et Europe, par exemple, a permis à la fois de montrer aux collectivités les outils existants (financements, outils, bureaux régionaux...) et aux instances européennes, de montrer les volontés convergentes des territoires qui participent à un plaidoyer commun en faveur de l’ESS. On n’y est pas tout à fait mais on avance et c’est positif.

J-B. G : L’autre aspect qui nous semble intéressant est l’échelle nationale. On nous demande régulièrement de nous positionner sur des sujets d’actualités et les retours des territoires sont primordiaux pour alimenter une position nationale structurée. Sur la loi ESS par exemple, nous avons encore beaucoup d’attentes et d’interrogations sur ses suites : les financements, les décrets... Et en tant que nouvel élu, évidemment, la mise en lien avec les autres collectivités et le monde de l’ESS, les documentations et expertises du réseau, auxquels on peut avoir accès, sont essentielles.


Retrouvez une synthèse de présentation du conseil de l’ESS et de ses actions, à l’occasion de ses quatre ans de fonctionnement

Documents joints

  • Conseil de l’ESS : présentation et actions (PDF - 2.5 Mo)

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