Accueil > Le RTES > Newsletter hebdomadaire > « Le numérique à la française, c’est l’ESS qui ne dit pas son nom ! » - Entretien avec Akim Oural

« Le numérique à la française, c’est l’ESS qui ne dit pas son nom ! » - Entretien avec Akim Oural

par Martin Besnier - le 21 février 2017
  • Agrandir la taille du texte
  • Réduire la taille du texte
  • Imprimer cet article

Retrouvez en avant-première l’interview d’Akim Oural, auteur notamment du rapport « Gouvernance des politiques numériques sur les territoires » et maire-adjoint de Lille. L’interview est à paraître dans la prochaine lettre papier du RTES consacrée au numérique, que vous recevrez en mars.

Quel regard portez-vous sur la loi République numérique du 7 octobre 2016 ?

Il faut d’abord noter que cette loi a fait l’objet d’une longue phase de concertation avec un grand nombre d’acteurs. On peut dire que c’est véritablement la première loi numérique en France, dans le sens où les précédentes n’étaient que des traductions de directives européennes en droit français ou des réponses d’urgence à une problématique.

Les trois axes de cette loi constituent une première étape très importante, avec :
- un premier volet visant à favoriser la circulation des données (avec notamment l’ouverture des données publiques et d’intérêt général et la création d’un service public de la donnée),
- un second traitant de la protection des citoyens et des consommateurs sur internet et,
- un troisième consacré à l’accès au numérique dans tous les territoires et pour les publics en situation de handicap ou précaires (avec entre autres la mise en place d’une stratégie de développement des usages et des services numériques pour les départements et les régions).

Pourtant cette loi ne règle pas tout, et nous avons besoin d’aller beaucoup plus loin, notamment sur l’ouverture des données ou sur les moyens alloués à la médiation numérique dans les territoires.

Que peuvent faire les collectivités locales pour appuyer les structures de l’ESS qui s’emparent du numérique ?

Sur l’ouverture des données, il faudrait par exemple que le fonctionnement d’Etalab (mission placée sous l’autorité du Premier ministre administrant la plateforme gouvernementale ouverte des données publiques www.data.gouv.fr) soit davantage territorialisé, pour correspondre avec l’échelle du développement des structures de l’ESS, qui ont un ancrage territorial et qui développent leur projets numériques dans la proximité.

Sur les plateformes de l’économie collaborative, je suis en accord avec la proposition du rapport de Pascal Terrasse sur le développement de l’économie collaborative (février 2016) de promouvoir des « territoires collaboratifs expérimentaux ». A travers des appels à projets, cela permettrait à des collectivités territoriales de soutenir des expérimentations innovantes d’économie collaborative sur les territoires. Les acteurs de l’ESS qui sont ancrés dans les territoires et où ils recréent du lien social auraient leur carte à jouer.

De manière générale, dans le rapport « Gouvernance des politiques numériques dans les territoires » (juillet 2015), j’appelle à la mise en place d’une nouvelle gouvernance territoriale reposant sur trois dimensions :
- le respect des différents niveaux de subsidiarité (en s’assurant que les projets sont développés à la bonne échelle territoriale, selon leur nature et leur taille),
- le développement plus massif de la mutualisation (avec par exemple la mise en place d’un socle de services publics électroniques fondamentaux accessibles en tout point du territoire par les citoyens),
- et le droit à l’expérimentation pour soutenir l’innovation.

Pour moi, le numérique à la française, c’est l’ESS qui ne dit pas son nom ! L’ESS crée par nature des communautés et travaille en proximité, ce sont des convergences fortes avec le secteur du numérique. Si modèle français il y a, il doit s’inspirer des fondements de l’ESS, ce doit être le modèle de nos villes intelligentes, qui s’inscrit dans le développement durable, qui comprend les vibrations des territoires, qui est connecté aux services publics.

Et comment se traduit ce modèle pour la Métropole Européenne de Lille ?

Par exemple à travers le positionnement d’Euratechnologies, notre pôle d’excellence autour du numérique et tête de pont de la FrenchTech (label français attribué à des pôles métropolitains reconnus pour leur écosystème de startups, ainsi qu’une marque commune utilisable par les entreprises innovantes françaises). Cet ancienne filature reconvertie en vitrine du développement numérique est investie par des laboratoires de recherche, des start-ups en incubation et des grands groupes. Mais surtout, notre objectif est que ce pôle irrigue son bassin de vie, qu’il s’intègre à notre projet d’éco-quartier, qu’il suscite des vocations pour la jeunesse du quartier des « Bois-Blancs », un quartier prioritaire de la politique de la ville.

Par ailleurs, au-delà de notre plan numérique pour les écoles lilloises et notre soutien aux 8 cyberespaces lillois de médiation numérique, nous souhaitons développer l’usage des réseaux sociaux territoriaux comme le réseau libre et citoyen « www.communecter.org » géré par l’association OpenAtlas et dont le but est de mettre en relation les acteurs de la commune : collectivité, citoyens, associations et entreprises locales. Et avec Up Lille, nous rejoignons le réseau Up Campus qui est une plateforme d’échanges et de collaboration à destination des porteurs de projets à impact social positif.

Mots clés lié à cet article :

RTES
Adresse postale:
La Grappe - 75, rue Léon Gambetta 59000 LILLE
Adresse du siège social:
Hôtel de Ville - BP 667 - 59 033 Lille cedex
Tél : 03 20 97 17 97 - 06 61 17 94 90
Contact
www.rtes.fr - animation@rtes.fr
Crédits

Flux RSS NetVibes
2009 - conception : La Péniche - réalisation : insite