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“Mon objectif : encourager les logiques de coopération” - Entretien avec Patrick Chagneau

par Céline Parat - le 10 octobre 2015
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[Cet entretien a été réalisé avant les inondations qui ont affecté la Côte d’Azur et notamment la commune de Biot]

Cap au sud pour la suite des entretiens avec les nouveaux administrateurs du RTES. Patrick Chagneau est élu à Biot depuis 2014 où il est en charge du développement économique, de l’économie sociale et solidaire et de la ville numérique. Dans une région Provence-Alpes-Côte d’Azur marquée par une pression foncière forte, il aborde ce (large) premier mandat autour de plusieurs axes : le développement des filières économiques, l’habitat, le social et l’articulation avec la communauté d’agglomération.

Quels est votre parcours professionnel ?

J’ai vécu une partie de ma vie en Poitou-Charentes où l’ESS a une présence forte car la région est empreinte de l’histoire des mouvements coopératifs et mutualistes. Consultant pour les entreprises, j’y ai notamment créé une SCOP de conseils sur des sujets innovants à l’époque : informatique, énergies renouvelables...
Parallèlement, j’ai contribué à la naissance de soutiens aux initiatives économiques alternatives à travers des structures d’économie sociale. C’est donc naturellement, qu’arrivant à Biot il y a 25 ans, j’ai poursuivi dans cet état d’esprit en développant une SCOP de conseil. J’ai été approché lors de la construction de l’équipe municipale pour traiter des problématiques économiques.

Nouvellement élu, comment avez-vous abordé la politique d’ESS ?

Nous avons commencé par identifier des besoins des administrés et des entreprises locales peu ou mal satisfaits par l’offre actuelle et susceptibles de trouver un nouveau souffle avec l’ESS. Après cette première étape, nous avons dégagé trois axes de travail.
Nous souhaitons développer la logique de filières, notamment autour d’un pôle des métiers d’arts qui sont très ancrés localement (verre, céramique …) mais qui ont des difficultés à se développer. Nous travaillons ainsi à la construction d’un PTCE, autour d’une association « La créative » [1] qui réunirait différents acteurs et différentes typologies de métiers. La collectivité accompagne cette dynamique sur la mise à disposition de deux lieux : un espace pour la création d’une boutique coopérative, qui participerait également à la redynamisation du centre bourg, et un lieu de production pour les jeunes artisans et les artistes en résidence.
Le deuxième chantier est la création d’un service funéraire municipal. Ce type de service est aujourd’hui assumé par l’économie « classique », qui rogne parfois sur la qualité et pratique des prix non accessibles pour des familles modestes. L’idée est de construire un service funéraire « équitable » et basé sur le respect et l’humain. Nous étudions actuellement les différentes possibilités. La création de coopérative funéraire est par exemple très présente à l’étranger, notamment au Québec, mais peu en France [2].
Troisième chantier : le logement et l’habitat participatif. La pression foncière est très lourde sur la Côte d’Azur. Nous envisageons par exemple de faire en sorte que dans les programmes de logements impulsés par la municipalité, soient intégrés des espaces coopératifs.
Un quatrième chantier est en prévision, mais j’en parle encore assez peu, c’est la santé et la prise en charge des personnes âgées. Pourquoi ne pas envisager une coopérative de familles et de soignants ? L’ESS a également un rôle fort à jouer dans ce domaine et peu d’initiatives existent en ce sens en France. Nous serons accueillants pour les acteurs de tels projets.

Sophia Antipolis, la plus importante technopole de France, est basée en partie sur votre commune. Quels liens faites-vous avec elle et comment abordez-vous la place de l’ESS dans le développement économique territorial ?

Sophia Antipolis représente une part importante de notre territoire communal. C’est un des fleurons de l’activité économique française... Dans laquelle l’ESS n’a pas réellement pénétré. Il n’y a par exemple aucune Scop ou coopérative qui y est présente. Je pense que c’est un manque de communication de notre part. Mais nous y travaillons !
Nous avons la chance d’avoir une commune voisine, Valbonne, dont le maire [3] est très sensible aux questions d’ESS. Nous essayons de tisser des liens, d’échanger des expériences et de travailler à une vraie dynamique. À Biot, j’ai en charge l’Économie, l’ESS et la ville numérique. Une délégation large et aussi symbolique, l’économie n’entrant pas dans les compétences communales. C’est une manière d’afficher notre volonté, pour « pousser » sur ces sujets-là et faire en sorte de porter l’ESS à échelle de la Communauté d’Agglomération de Sophia Antipolis. D’ores et déjà la Communauté d’Agglomération envisage de passer avec le conseil régional un contrat de développement de l’ESS. Il faut absolument montrer que l’économie sociale et solidaire loin d’être ringarde, par sa capacité d’innovation est au contraire en capacité de répondre aux besoins des territoires et des populations.

Biot a adhéré au RTES en 2015 et vous avez été élu au conseil d’administration en juillet dernier. Que vous apporte le réseau et qu’avez-vous envie d’y apporter ?

Nous avons adhéré au RTES essentiellement parce que nous avions besoin de renforcer notre discours auprès des élus et des techniciens. L’ESS est une préoccupation nouvelle dans la commune il faut faire œuvre pédagogique ; les formations en ligne par exemple sont de bons outils pour ça ; j’essaie à chaque fois de faire en sorte que les services s’inscrivent.
Par ailleurs, lorsqu’on est nouvellement élu, il n’est pas toujours facile de s’y retrouver dans les nombreux réseaux d’ESS. Le RTES a un double avantage : celui d’être un instrument d’information et de diffusion, opérationnel et concret, et celui d’être un réseau qui regroupe des élus de tous bords, ce qui me permet de témoigner de manière non polémique et non partisane.
Côté administrateur, j’ai envie de montrer que face à chacune des difficultés rencontrées sur les territoires, il est possible de trouver des pistes de solutions via la coopération. Je ne cherche pas à développer tel ou tel statut, peu importe le statut, juste à encourager les logiques de coopération et de liens. C’est ce regard qui m’intéresse, et l’importance de partir des besoins du terrain.


Appel aux collectivités

Si des collectivités souhaitent apporter leur soutien à la commune (envoi d’équipes autonomes, ...), contactez directement Patrick Chagneau

Notes

[1] Ce PTCE en construction fera l’objet d’un article très bientôt !

[2] Un projet de coopérative funéraire est actuellement en cours à Nantes

[3] Marc Daunis, sénateur-maire de Valbonne, a été rapporteur du projet de loi sur l’économie sociale et solidaire au Sénat

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