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"Nous avons un véritable héritage de dialogue sur le territoire nantais" - Entretien avec Mahel Coppey

par Céline Parat - le 16 mai 2015
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À 33 ans et après un parcours professionnel dans l’associatif et la solidarité internationale, Mahel Coppey est aujourd’hui vice-présidente, déléguée à l’Economie Sociale et Solidaire et à l’économie circulaire de Nantes Métropole.
Enthousiaste et volontaire, elle s’est engagée en politique, comme dans sa vie de citoyenne, pour être utile, relever des défis et faire avancer ses convictions. Portrait d’une élue, d’une mandature et d’une femme politique atypiques.


Vous êtes, pour Nantes Métropole, élue sur une double compétence originale : l’ESS et l’économie circulaire. Comment êtes vous arrivée à ces missions et quels en sont les enjeux ?

Je suis d’abord une militante, issue du monde associatif et de l’ESS. En accord avec cet engagement citoyen, j’avais aussi envie de m’engager dans la vie politique afin de participer de manière plus active à l’animation de la vie de la Cité. J’avais envie d’être utile, d’œuvrer pour l’intérêt général, de passer du discours aux actes. J’ai intégré la liste écologiste et citoyenne de Pascale Chiron aux municipales de Nantes en 2014 et suis devenue conseillère municipale déléguée à l’économie sociale et solidaire et l’économie circulaire. Côté Nantes Métropole, c’est la première fois qu’une vice-présidence à l’ESS existe. Et qu’elle fait le lien avec l’économie circulaire. Dès le début, avec Johanna Rolland nous avons eu une vraie volonté politique d’investir ces deux champs et de créer des passerelles fortes. Nous sommes persuadées que l’ESS est un levier créateur d’emplois concrets sur le territoire et pour le territoire, et qu’elle est en mesure de conjuguer développement économique, cohésion sociale, lutte pour l’égalité, initiatives citoyennes et transition écologique. L’ESS est bel et bien une réponse concrète aux défis que les responsables politiques doivent relever.

Comment se passe cette double mandature ?

En matière d’économie circulaire, on commence à investir le champ. La première phase de ma mandature consiste à faire un état des lieux de l’existant, à rassembler les acteurs et à construire avec eux une stratégie pertinente. Nous avons également fait en sorte que cette politique soit transversale et concerne plusieurs services de la métropole : attractivité et emplois, cadre de vie, environnement... C’est le premier volet : nous allons rencontrer les acteurs sur tout le territoire, pour construire une stratégie et des objectifs sur 5 à 10 ans.
Grâce à ce travail, nous repérons ce que j’appelle des acteurs « pionniers » avec lesquels nous construisons un noyau dur de l’économie circulaire. Ceux-ci sont par exemple associés « Conseil métropolitain des acteurs économiques », qui traite de thématiques concrètes : la sécurité sur les zones d’activité économiques aux impacts du numérique sur l’économie et le commerce. Les participants se rencontrent, échangent, planchent sur des chantiers concrets, avancent... Et c’est ainsi que se construisent des passerelles entre les acteurs économiques dans toute leur diversité entrepreneuriale, : économie sociale et solidaire et autres champs de l’économie. La naissance de la Sonantes, la nouvelle monnaie locale complémentaire est un nouvel outil économique supplémentaire qui va permettre de "repérer" les acteurs de l’écosystème économique nantais qui pourraient investir le champ de l’économie circulaire.

Côté ESS, c’est différent : cela fait 10 ans que Nantes Métropole mène un vrai soutien à sa structuration et à son développement, grâce notamment au travail impulsé par Jean-Philippe Magnen, mon prédécesseur, et à l’implication reconnue des acteurs du territoire,. L’ESS a ainsi été inscrite dès 2004 dans le plan d’action de développement économique de la métropole nantaise et un premier diagnostic a été réalisé dès 2001. En 2003 est né le premier inter-réseau de l’ESS qui regroupait à l’époque 25 acteurs du territoire. (Aujourd’hui, ils sont 180). On assistait aux prémices de la structuration de l’économie sociale et solidaire. Prémices qui seront rendus visibles au grand public par un temps fort en 2006 : une manifestation organisée par les Ecossolies, destinée à faire connaître l’économie sociale et solidaire aux habitants de l’agglomération nantaise et qui a attiré 30 000 personnes et 570 structures. Les Ecossolies deviennent ainsi notre réseau d’acteurs partenaire principal. Co-organisé avec la collectivité, le succès de cette manifestation a aussi permis de légitimer la place de Nantes Métropole et d’organiser les rôles. Car si nous écrivons les choses ensemble, chacun tient son rôle et prend sa part. Ce qui est particulier à Nantes, c’est bien cet héritage "du faire avec " / "faire ensemble"... ici tout est co-construction, et depuis longtemps ! Nous avons un véritable héritage de dialogue sur le territoire nantais. C’est un peu chronophage mais les résultats sont là !

Le 8 avril, par exemple, vous avez lancé la co-construction de la nouvelle feuille de route à l’ESS. En quoi cela consiste ?

2015 est une année de structuration. Nous poursuivons une volonté politique affirmée à travers trois objectifs : un changement d’échelle et l’inscription de l’ESS dans une transversalité des politiques publiques, une priorité à l’emploi, notamment à l’emploi des jeunes, et un amorçage de l’économie circulaire.
Pour atteindre ces objectifs, nous nous basons sur un plan d’actions, une feuille de route co-construite avec tous les acteurs, en vue d’établir un « tableau de bord » partagé. Nous avons lancé sa co-construction, que nous avons voulue renouvelée et ouverte, le 8 avril 2015 au Solilab. 300 personnes ont participé à son lancement. Ensuite, pendant un mois, acteurs, habitants, collectivités, associations, entreprises, peuvent s’exprimer via un espace d’échanges numérique ou directement au Solilab, autour de 5 grandes thématiques (les circuits courts et l’alimentation, l’habitat, les services aux personnes et aux familles, les déchets et réemploi, le numérique). Objectif : identifier de nouveaux axes d’action et projets à initier pour développer encore davantage l’économie sociale et solidaire sur le territoire. En mai, lors d’une séance ouverte à tous, le référent de chaque thématique partagera les contributions recueillies et initiera un travail collectif de hiérarchisation des actions. Puis Nantes Métropole travaillera avec chaque référent à réaliser une note de synthèse. Ces notes de synthèse seront présentées le 11 juin prochain en préambule de l’Assemblée Générale des Ecossolies. L’idée c’est qu’à l’automne tout soit prêt et de voter le 6ème plan d’action pour l’ESS de la Métropole.

Au-delà de cette co-construction, quels sont les soutiens apportés par la collectivité aux acteurs du territoire ?

Depuis 2006, nous avons un appel à projets, pour faciliter la montée en puissance et la professionnalisation des acteurs. Son objectif : soutenir les projets d’innovation sociale et conforter les projets d’ESS pour les rendre viables. Cette année encore, nous avons lancé une nouvelle édition de cet appel à projets qui s’inscrit, comme les années précédentes, dans un processus d’animation partagé avec Les Ecossolies. Notre objectif, en faire un véritable outil financier qui accompagne l’émergence de projets sur le territoire en lien, entre autre, avec le Labo des Ecossolies. Ce dernier, accompagne les projets ESS innovants du territoire. Il permet aussi un repérage des projets susceptibles d’être soutenus par l’appel à projets. Ce soutien consiste en une subvention de 5000 € reconductible deux fois et un accompagnement via la mise en place d’un groupe d’appui. L’objectif de ces groupes d’appui est de réunir une fois par an toutes les personnes concernées de près ou de loin par chaque projet (clients, fournisseurs, usagers...), pour faire, ensemble, le bilan de l’année et surtout le projeter les dynamiques à venir. Depuis son lancement, 130 projets ont été accompagnés. En 2014, l’appel à projets a permis de soutenir 136 emplois.

Ensuite, au-delà du soutien direct aux Ecossolies, qui représente une grande partie de notre financement, nous travaillons sur 4 chantiers forts :

- un pôle numérique, social et citoyen, dont l’objectif est de réduire la fracture numérique, faire émerger des projets numérique et citoyens dans les quartiers, de travailler sur une pratique éthique du web...
- l’accompagnement des communes de la métropole dans les démarches de territoires de commerce équitable, avec des partenariats avec la plate-forme RSE, des chantiers sur la commande publique responsable...
- les lieux collectifs de proximité, situés dans les quartiers ou en péri-urbain, qui sont des lieux au service de la solidarité, de la cohésion sociale et proposent des savoir faire locaux.
- l’entrepreneuriat social dans les quartiers en politique de la ville.

Quels sont les enjeux sur lesquels vous aimeriez travailler à l’avenir ?

Pour moi, l’un des enjeux futurs est de faire que l’économie collaborative prenne plus de place. Nous devons aussi développer nos liens avec les espaces de coworking et les Tiers-lieux pour irriguer l’ensemble du territoire et travailler sur les circuits-courts et l’agriculture paysanne. Nous poursuivrons aussi la dynamique lancé avec Sonantes sur les deux objectifs de la monnaie : booster l’activité économiques en favorisant les échanges inter-entreprises et développer son utilisation quotidienne (commerces, services de proximité...).

Enfin, comment voyez-vous le RTES ? Que vous apporte ce réseau ?

Le RTES est un réseau incontournable. Il permet de connaître ce qui se passe ailleurs et est une mine d’informations sur les collectivités et l’ESS. C’est important, notamment pour de nouveaux élus comme moi, lorsqu’on se pose des questions techniques ou qu’on a besoin d’être alimenté d’expériences. J’ai beaucoup appris par exemple lors des ateliers proposés, des formations, ou plus simplement lors des échanges directs avec d’autres collectivités. Ce qui est intéressant, c’est que le réseau n’est pas dans une démarche descendante, dans l’idée de rendre des services à ses adhérents. C’est un relieur, passeur, capitaliseur de ressources et expériences. La matière (réflexions, expériences, difficultés...), elle, est apportée par les collectivités adhérentes.


Retrouvez aussi notre entretien du mois avec le Solilab, lieu multi-activité dédié à l’ESS sur l’Ile de Nantes.

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