« Nous cherchons à donner corps à la coconstruction des politiques publiques » - entretien avec Marion Canalès

Marion Canalès est conseillère communautaire Clermont Auvergne Métropole et adjointe au maire de Clermont-Ferrand déléguée à l’ESS. Elle revient pour nous sur les grands axes de la politique de soutien à l’ESS et les liens entre entreprises classiques, acteurs de l’ESS et institutions sur le territoire clermontois.

Pouvez-vous nous présenter les grands axes de votre action pour le développement de l’ESS au niveau de Clermont Auvergne Métropole ?

En 2014, la même année où était voté la loi ESS, il n’existait pas encore de politique publique vraiment dédiée à l’ESS sur notre territoire. Nous sommes partis de rien, même si bien sûr les acteurs de l’ESS étaient souvent soutenus dans un autre cadre que celui de l’ESS, que ce soit dans celui de la Politique de la ville, de la culture, du sport, de la politique des déchêts, de l’eau…Mon objectif en arrivant n’était pas de tout remettre en silo mais bien de garder cette transversalité.

Il a fallut faire beaucoup de pédagogie en interne sur l’ESS, développer l’interconnaissance entre acteurs de l’ESS et acteurs institutionnels et créer un réseau de référents ESS par communes de l’agglomération. Nous avons co-construit avec les élus, techniciens municipaux et communautaires et tous les acteurs de l’ESS, un plan stratégique et opérationnel de développement de l’ESS fin 2016, avec 5 défis à relever.

Nous cherchons également à donner corps à la « coconstruction » des politiques publiques, en prenant part à des SCIC du territoire, à travers notre appel à projets de soutien à la création de SCIC. Ce dispositif nous a permis de détécter plusieurs projets de SCIC, et d’en sélectionner trois, autour de la mobilité, de la culture (billeterie culturelle), et un dernier, aujourd’hui le plus abouti : « Epicentre Factory », qui a pout objectif de revitaliser un quartier de Clermont-Ferrand en portant des projets d’espaces de coworking et d’animation de rues. Clermont Auvergne Métropole participe à hauteur de 10 000 euros au capital de cette SCIC et participe également à sa gouvernance, aux côtés de la Ville de Clermont-Ferrand qui fait aussi partie du collège « collectivités » d’Epicentre. Cette participation des collectivités facilite beaucoup la coconstruction avec cette SCIC qui organise beaucoup d’actions éphémères dans la ville.

Dans une logique de développement des circuits courts et de l’économie circulaire, nous accompagnons également d’autres projets tels qu’une ferme urbaine portée par une association, qui doit préfigurer une SCIC. Au delà d’un soutien numéraire, nous mettons gratuitement à disposition un terrain et leur apportons l’alimentation en eau, ainsi qu’une mise en relation avec d’autres acteurs locaux. L’objectif est de leur laisser un stand au marché hebdomadaire pour qu’ils puissent y vendre leurs produits. À plus long terme, on souhaite aussi qu’ils récupèrent le marc de café des commerçants clermontois et lorsqu’ils seront plus productifs qu’ils puissent participer à l’approvisionnement d’une cantine scolaire.

Enfin, dans le cadre du réaménagement urbain d’un quartier de Clermont-Ferrand, nous commençons à co-construire un projet qui mixe culture, urbanisme et insertion. Nous souhaitons accompagner la transformation d’un bâtiment en un « lieu hybrique » où serait implanté une cantine solidaire au sein de ce nouveau quartier étudiant, et en faire un lieu de rencontre et de mixité entre différents publics (étudiants, personnes en précarité, habitants du quartiers)...

Alors que Jean-Dominique Senard, président du groupe Michelin, a récemment remis un rapport « L’entreprise, objet d’intérêt collectif » au Gouvernement, quels sont les liens entre entreprises classiques, institutions et acteurs de l’ESS sur le territoire clermontois ?

Nous sommes sur un territoire où Michelin a historiquement construit une grande partie de la ville dans une tradition de paternalisme industriel. Par exemple, la « Coopérative de Mai », une grande salle de musiques actuelles, a été aménagée en 2000 sur le terrain de l’ancienne « coopérative Michelin », un grand magasin dédié aux ouvriers.

Michelin est conscient de son impact sur le territoire et cherche à s’y intégrer encore davantage. Ils ont décidés de rester et d’investir, notamment en y implantant un centre de recherche international qui aurait très bien pu être implanté au Brésil. Ils souhaitent retisser du lien avec les acteurs locaux et ils sont partie prenante d’incubateurs locaux et du projet de centre en Recherche & Développement et en transfert d’Innovation Sociale.

Comme cela peut exister dans le domaine technologique, nous avons actuellement pour projet de développer ce centre de R&D et en transfert qui vise à rassembler le milieu économique (grands groupes et PME), le milieu de la recherche et les acteurs publics autour de la mesure d’impact social et de la recherche en innovation sociale. Par exemple, des entreprises de l’innovation technologique cherchent à améliorer leur impact territorial ; tandis que l’État ou notre collectivité souhaitent évaluer leurs politiques publiques, au-delà de quelques chiffres, de quelques données quantitatives telles que le nombre d’emplois crées. Ce centre de recherche appliquée pourrait donc proposer des solutions d’évaluation d’impact social et environnemental, dans l’objectif de favoriser un dynamisme et une attractivité de notre territoire, qui lui soit réellement profitable.

Clermont Auvergne Métropole accueille la 1ère rencontre Auvergne-Rhône-Alpes des collectivités locales autour de l’ESS le 25 juin prochain. Pouvez-vous nous en dire davantage à propos de cette rencontre ?

Cette journée "Outils et démarches de l’ESS au service des territoires" sera notamment consacrée aux SCIC et aux démarches d’impact social. Pour nous, l’objectif est aussi de favoriser l’échange et l’interconnaissance entre les collectivités et les acteurs institutionnels de l’ESS.

Dans l’optique de la conférence régionale biannuelle de l’ESS que doit organiser le Conseil régional en tant que chef de file des politiques d’ESS, nous souhaitons travailler à la constitution d’un réseau régional et préparer cette conférence. Beaucoup de collectivités se sont saisis de l’ESS et nous souhaitons donc réfléchir en amont sur nos attentes, pour aller dans le même sens en vue de la défintion de priorités communes reprises par la Région.


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