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Retour sur la conférence européenne sur l’innovation sociale à Lisbonne

par Martin Besnier - le 6 décembre 2017
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L’économie sociale, sera t’elle la grande perdante de l’innovation sociale ? Les 27 et 28 novembre, la Commission européenne organisait à Lisbonne, avec le gouvernement portugais et la Fondation Calouste Gulbenkian, une conférence sur l’innovation sociale. Retour de Patricia Andriot, qui y représentait le RTES.

Voulue par le Commissaire européen à la recherche et l’innovation comme le lancement d’une prise en compte importante du sujet, notamment pour préparer le prochain mandat et les élections de 2019 (cela a été annoncé comme cela par le commissaire et par Jean Claude Junker qui s’est exprimé dans un message vidéo très volontariste), cette conférence a rassemblé plus de 1000 personnes : entrepreneurs sociaux, représentants de la société civile, décideurs politiques, innovateurs et investisseurs.

Si on peut incontestablement se féliciter de la mise à l’agenda de la Commission de la question de l’innovation sociale de plus en plus évoquée (OCDE, UE, ...), on peut à la vue de ces journées s’interroger voir regretter l’approche qui sous-tend cette notion.

Les motivations de cette nouvelle approche sont claires : les interventions politiques de la matinée (du président Juncker par vidéo, du premier ministre Portugais, du commissaire européen à la recherche et à l’innovation, et du président de la République portugais en clôture de la première journée) ont toutes explicité la grande rupture entre les décideurs politiques et les citoyens, la méfiance voire la défiance qui s’est installée et l’urgence de remettre l’usager au cœur des politiques publiques. Brexit et montée des populismes anti-européens sont passés par là...On redécouvre que les politiques publiques ont pour mission de transformer la vie des gens... c’est quand même une bonne nouvelle. La liaison avec le socle des droits sociaux et la conférence de Göteborg a été largement évoquée aussi et il y a eu une expression très claire, notamment de Jean-Claude Juncker, sur l’importance qu’il souhaite donner à celui-ci d’ici la fin de son mandat et les prochaines échéances électorales européennes de 2019. Tout cela va incontestablement dans le bon sens et est à saluer.

En revanche, la présentation de nombreux exemples, et les tables rondes comme les ateliers qui ont suivi interpellent quelque peu l’approche qui est retenue.

Tous les exemples évoqués, et discussions, ont directement portés sur les nouveaux services rendus, sur les nouvelles façons de faire, l’impact ou l’utilisation du numérique mais à y regarder de plus près, on constate d’abord qu’il n’est pas vraiment question de changer de logiciel économique. Plusieurs signaux qui ne trompent pas : d’abord, on parle bien d’un socle des droits sociaux à côté des politiques économiques ; pas de liens évidents faits à priori entre les uns et les autres...

Ensuite, on remarque que les questions posées autour des exemples comme les discussions portent principalement sur les voies et outils de financement, sur la mesure des impacts, et pas sur les process qui reconnecteraient économique et social.

Comme si les deux questions clefs ou injonctions autour de l’innovation sociale étaient finalement :
- comment favoriser l’investissement et la mise de fonds sur les enjeux sociaux ?
- Et donc comment accroitre la rentabilité de ceux-ci ? Et c’est là qu’intervient avec insistance l’idée de mesure d’impacts, avec autant d’insistance que de récurrence les social impacts bonds....

Par contre, le terme même de social economy, ou même social business n’est jamais prononcé. Même lorsque les exemples proposés sont portés par des acteurs qui se revendiquent de l’économie sociale (coopératives, etc..), c’est comme si on évitait soigneusement de discuter de ces statuts et donc du droit qui favorise la reconnexion entre social et économique.

Plusieurs panels d’exemples confirment ce sentiment qui aurait pu n’être qu’une impression erronée, mais les projets avec une approche très "solutions", très "charity business", se suivent et se ressemblent...

Au-delà de cette vision globale, retenons quand même des aspects positifs :

- le seul fait que cette approche émerge et la perception claire des limites de l’économique utilitariste au plus haut niveau (discours politiques volontaristes et exemple très intéressant de la mise en œuvre par le gouvernement Portugais).

- le besoin de décloisonnement des politiques publiques et les nouvelles façons de faire, le design des politiques est mis en avant , la co-construction est aussi parfois évoquée (témoignage d’Anne Hidalgo sur les budgets participatifs de Paris).

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